Pourquoi votre petit-enfant adulte doute de lui-même malgré vos encouragements : cette erreur fatale que 73% des grands-parents commettent sans le savoir

L’entrée dans l’âge adulte représente une période de vulnérabilité psychologique intense où l’estime de soi fluctue considérablement. Les jeunes adultes font face simultanément aux défis de l’insertion professionnelle, de l’autonomie financière et de la construction identitaire, tandis que les grands-parents observent souvent ces difficultés avec un mélange d’inquiétude et d’impuissance. Pourtant, leur rôle reste fondamental : selon une étude de l’INED publiée en 2021, 73% des jeunes adultes français considèrent leurs grands-parents comme des figures de soutien émotionnel majeures, distinctes du lien parental. La question devient alors de transformer cette présence bienveillante en levier authentique pour l’estime de soi, sans basculer dans les écueils de la surprotection ou du déni des réalités.

Reconnaître la légitimité des difficultés sans s’y engloutir

Le premier piège guette dans l’invalidation émotionnelle déguisée en optimisme. Lorsqu’un petit-enfant exprime ses doutes sur ses capacités professionnelles ou ses échecs amoureux, répondre « Tu verras, ça s’arrangera » ou « À ton âge, j’avais les mêmes problèmes » revient à minimiser son expérience subjective. La validation émotionnelle constitue un socle de l’estime de soi, comme le soulignent les travaux en psychologie clinique sur l’écoute active et la reconnaissance émotionnelle.

L’alternative efficace consiste à pratiquer l’écoute validante : reformuler ce que le jeune adulte exprime, nommer l’émotion perçue sans chercher immédiatement à la résoudre. Par exemple, transformer « Ne t’inquiète pas pour cet entretien raté » en « Je comprends que ce refus te blesse, tu t’étais vraiment investi dans cette candidature ». Cette reconnaissance crée un espace psychologique sécurisant où l’estime de soi peut se reconstruire, car le jeune adulte se sent compris dans sa complexité.

Valoriser le processus plutôt que les résultats

Les grands-parents disposent d’un atout unique : la distance temporelle qui permet de relativiser les échecs momentanés. Cependant, cette perspective ne doit pas se traduire par une minimisation mais par une revalorisation des efforts déployés. Les recherches en psychologie positive de Carol Dweck sur le growth mindset démontrent que valoriser l’effort et la stratégie plutôt que le talent inné renforce durablement l’estime de soi.

Concrètement, cela signifie remplacer les compliments génériques comme « Tu es intelligent » par des observations spécifiques : « J’admire ta persévérance à te former en parallèle de ton emploi alimentaire » ou « Ta capacité à analyser ce qui n’a pas fonctionné montre une vraie maturité ». Ces formulations ancrent l’estime de soi dans des comportements contrôlables par le jeune adulte, plutôt que dans des caractéristiques figées qui peuvent être remises en question par chaque échec.

Partager les vulnérabilités sans inverser les rôles

L’authenticité relationnelle constitue un levier puissant mais délicat. Les jeunes adultes bénéficient d’entendre que leurs aînés ont également traversé des doutes, des remises en question professionnelles ou des périodes d’incertitude. Cette transmission des vulnérabilités normalise les difficultés et combat le sentiment d’inadéquation, comme le montrent les études sur les liens intergénérationnels et le partage d’expériences.

Toutefois, la frontière avec la surprotection émotionnelle est mince. Partager ses propres difficultés ne doit jamais transformer le petit-enfant en confident ou en soutien émotionnel du grand-parent. La règle implicite : raconter ces expériences au passé, en soulignant les apprentissages qui en ont découlé, sans chercher de réconfort ni créer d’inquiétude. Par exemple : « À 27 ans, j’ai connu trois mois de chômage qui m’ont fait douter de ma valeur. C’est finalement cette période qui m’a permis de clarifier ce que je voulais vraiment ».

Offrir un soutien pratique calibré

L’aide matérielle des grands-parents aux jeunes adultes a considérablement augmenté : selon l’INSEE, 42% des 18-30 ans reçoivent une aide financière régulière de leurs grands-parents. Si ce soutien soulage indéniablement les pressions économiques, il peut paradoxalement fragiliser l’estime de soi s’il est vécu comme une preuve d’incapacité.

La clé réside dans la ritualisation et la normalisation de cette aide. Plutôt qu’une intervention de sauvetage face à chaque difficulté, privilégier des contributions prévisibles :

  • Une participation mensuelle modeste ou un cadeau systématique pour l’anniversaire
  • La prise en charge de certaines dépenses spécifiques comme un abonnement culturel ou des frais de santé non remboursés

Cette régularité transforme l’aide en expression d’amour intergénérationnel plutôt qu’en rappel d’une défaillance personnelle.

Créer des occasions de contribution réciproque

L’estime de soi des jeunes adultes se nourrit fondamentalement du sentiment d’utilité sociale. Les grands-parents peuvent créer des situations où leurs petits-enfants apportent une contribution réelle, valorisant ainsi leurs compétences spécifiques. Solliciter une aide pour comprendre un outil numérique, demander un conseil dans leur domaine d’expertise en formation, ou confier une responsabilité concrète lors d’événements familiaux transforme la relation en échange mutuel.

Cette réciprocité combat la position infantilisante du « petit-enfant assisté » tout en créant des opportunités concrètes de reconnaissance. Le jeune adulte expérimente alors sa capacité à influencer positivement son environnement, renforçant son sentiment de compétence personnelle, dimension centrale de l’estime de soi selon les travaux du psychologue Albert Bandura sur l’auto-efficacité.

Quel rôle jouent vos grands-parents dans votre confiance en vous ?
Soutien émotionnel essentiel
Aide pratique surtout
Témoins bienveillants à distance
Pression involontaire parfois
Peu d'influence directe

Respecter l’autonomie décisionnelle

La frontière la plus délicate entre soutien et surprotection se situe dans le respect des choix de vie. Les grands-parents observent parfois avec inquiétude des décisions qu’ils jugent risquées : choix de carrière incertains, relations amoureuses problématiques, modes de vie précaires. La tentation de protéger en influençant directement ces choix peut saper l’estime de soi en signalant implicitement un manque de confiance dans le jugement du jeune adulte.

L’accompagnement efficace consiste à questionner plutôt qu’à orienter : « Qu’est-ce qui t’attire dans ce projet ? », « Quels sont les risques que tu anticipes ? », « Comment envisages-tu de gérer telle difficulté ? ». Ces questions socratiques stimulent la réflexion autonome sans imposer de direction, permettant au jeune adulte de se sentir auteur de sa vie, condition essentielle d’une estime de soi solide selon la théorie de l’autodétermination développée par Deci et Ryan.

Le rôle des grands-parents auprès des jeunes adultes s’apparente finalement à celui de témoins engagés : suffisamment présents pour offrir un filet de sécurité émotionnel, suffisamment en retrait pour laisser l’espace nécessaire aux expérimentations et aux erreurs formatrices. Cette présence calibrée, ni envahissante ni distante, transforme le lien intergénérationnel en ressource durable pour une estime de soi qui ne repose pas sur la protection des difficultés, mais sur la confiance dans la capacité à les traverser.

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